SIDERAL – intégrale en 4 vol.
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SIDERAL – intégrale en 4 vol.

L’intégrale SIDÉRAL RETRO BD proposée ici reprend les 51 numéros parus et est présentée en 4 volumes intégrant les formidables couvertures en couleurs. 2404 pages d'aventures cosmiques et sidérales ! Format 150x220 mm

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Pour tout art il est une époque dorée et l’âge d’or de la bande dessinée en France se situe dans les années 1955-1965. Son meilleur artisan en fut Artima et ses 24 titres mensuels simultanés ! Artima importa d’Amérique les plus belles histoires des meilleurs dessinateurs pour son département fiction. De cette intense production à succès (jusqu’à 2 millions d’exemplaires vendus par mois).

Artima qui ?
Par Fabien Sabatès


Artima, je connaissais bien, mais ça voulait dire quoi ?
Je me suis demandé des années durant ce que signifiait le mot Artima. Personne n’aurait eu l’audace de porter un patronyme pareil… Raymond Artima ? Philibert Artima ? Veuve Léontine Artima ?... Non, pas de veuve, y’en a déjà trop dans le champagne, comme quoi il est dangereux de faire du champagne et d’avoir une épouse qui deviendra une riche veuve, faut choisir… Je tournais en rond, personne ne savait — et visiblement tout le monde s’en fichait. Et après des années et l’arrivée de l’Internet j’ai enfin pu apprendre un jour… jour merveilleux puisqu’enfin j’allais pouvoir reprendre un cycle de sommeil normal ! Hélas, cela signifiait ARTisans en IMAgerie… C’était trop simple, trop bête, sans génie ni mystère, j’en fus fort déçu…
À la tête de cette maison d’édition basée à Tourcoing régnait un certain Émile Keirsbilck. Son nom, imprononçable par ailleurs, se retrouvait dans tous les numéros et celui de sa femme Janine aussi… manquait que celui des enfants !

Keirsbilck, à ce que j’en sais, démarre son affaire en 1943 et publie des illustrés (on ne disait pas encore « BD ») pour les enfants au format à l’italienne planches qui seront presque toutes reprises par la suite dans un autre format et intégrées à divers titres, histoire de rentabiliser le passé… et puis, les enfants grandissent et d’autres jeunes lecteurs les remplacent… c’est infini. Oui parce qu’au départ, la bande dessinée est faite pour les enfants et pas pour les adultes… C’est à se demander s’il y a encore des enfants qui lisent des illustrés imprimés sur du papier de nos jours… Quand j’ai commencé à lire, vers l’âge de 6 ans avec Robinson Crusoé, un aride bloc de 650 pages de texte que je mis des mois à ingurgiter — et là je ne suis pas très honnête car je me suis régalé et je l’ai relu plusieurs fois par la suite ! — je me suis plongé dans Vaillant, mère communiste oblige. J’y découvris la beauté des dessins, la couleur, les histoires palpitantes en tout genre dont il me fallait attendre la semaine prochaine pour savoir ce qui allait se passer… C’était tellement plus amusant que, le mercredi après-midi, la lecture de la Bible du catéchisme — auquel je n’allais pas, mère communiste oblige, comme quoi le stalinisme avait
quand même de bon côtés...
Mais Vaillant ne me suffisait plus, je l’échangeai à l’école contre Pilote, puis Pilote contre Tintin, puis Tintin contre Spirou, j’avais une soif inextinguible d’illustrés et c’est comme ça que je découvris en kiosque, la production des éditions Artima.
Quel bonheur !
Je découvris les fascicules Artima en 1959 par un copain de l’école. L’éditeur au nom à coucher dehors en sortait chaque mois une flopée de divers genres : western, guerre, sport, enquêtes policières, fantastique, jungle et, le fin du fin, science-fiction. C’est bien les petits formats d’Artima qui me donnèrent le gout de lire, lors de mon adolescence, des centaines de livres de SF des plus grands auteurs…

En 1961, je n’avais que peu d’argent de poche aussi je ne pouvais acheter que quelques illustrés chaque mois, heureusement qu’avec les copains on se partageait les achats pour en lire le plus possible, j’avais inventé le communisme littéraire à 10 ans… Karl Marx, s’il l’avait su, aurait été très fier de moi, c’est sûr... Un peu comme certains tombent dans la drogue, dans l’alcool ou pire dans le sexe (faut pas rigoler avec le sexe, c’est du sérieux), je tombais moi dans la collectionnite. Étrange maladie qui empêche de dormir si on n’a pas le numéro qui vous manque. Je commandais à mon marchand de journaux des anciens numéros que j’avais raté ou qu’il n’avait plus les ayant vendus. J’ouvre une parenthèse pour dire un truc un peu fou : à l’époque il ne me serait jamais venu à l’idée d’aller demander ça à un autre kiosque à journaux ! J’allais à celui qui était en face du Prisunic du boulevard de Grenelle, à Paris, et je n’aurais jamais eu l’idée d’aller acheter un illustré ailleurs. Pareil pour les cinémas : tous les mercredis avec les copains on allait au Zola, rue
Emile Zola, quel que soit le film, et jamais on aurait été ailleurs…
Curieux quand j’y réfléchis cette fidélité car, plus tard, avec les filles ce ne fut pas la même chanson…
Bref, je m’éloigne de mon sujet.
Je commençais à avoir de sérieux trous dans ma collection avec tous ces échanges, et avoir des trous c’est moins grave pour une passoire que pour une collection… aussi — j’avais 14 ans —, je décidai de me rendre chez l’éditeur à Tourcoing pour me refaire, un peu comme au casino à Las Vegas. Ce fut le plus long et solitaire voyage de ma vie, j’étais le Lindbergh de la bande dessinée… Je voulais partir en solo, grosse pétoche au ventre, vers l’inconnu devant me débrouiller seul (sans même une boussole, le GPS des scouts d’alors) !
Ma mère me trouvait un peu fou de partir là-bas pour cette histoire d’illustrés, mais bon, devant ma détermination, elle accepta surtout qu’à l’époque il n’y avait aucun risque
pour un enfant de voyager seul ; d’ailleurs le «93» n’existait pas encore, c’est dire la sécurité à l’époque !
Comme je lui promis de l’aider à vendre l’Humanité-Dimanche avec ses camarades du Parti pendant quatre dimanches matin pour la remercier, elle me paya le voyage. Je partis en train pour Roubaix. Puis je pris le tramway pour Tourcoing ; il n’y a que 22 kilomètres entre les deux villes. Tout le monde connaissait les éditions Artima-Tourcoing, rue du flocon
(était-ce la seule rue où il neigeait en hiver dans cette ville) ; je m’y rendis à pied. Quand j’arrivai chez Artima, en entrant dans une sorte de vaste entrepôt, j’expliquais à un monsieur très amical qui me reçut à l’entrée, le but de ma visite. Je savais qu’ils avaient tous les anciens numéros car ils le répétaient sans cesses dans leurs publicités et
j’avais cassé ma tirelire pour ça. Il prit le temps de réfléchir un moment puis il me dit ceci : « Va plutôt au Prisunic gamin, ils ont des centaines de nos illustrés en vrac à vendre, ce sont nos invendus ou des retours de marchands de journaux ; tu les auras pour quatre fois moins cher que chez nous. »
Je le remerciais pour l’élégance de ce geste totalement anticommercial pour l’entreprise qui l’employait ! Car il faut dire aussi qu’Artima connaissait un déclin vers 1962-1963, et bien qu’ils aient tenté de « moderniser » leur production en changeant leur format pour un format poche, rien n’y fit, les lecteurs étaient ailleurs... Aussi les anciens numéros ne valaient pas tripette… En 1963, alors que l’éditeur stoppait la plupart de ses séries, Les Presses de la Cité qui souhaitaient se diversifier, rachetèrent Artima pour une bouchée
de pain et créèrent « Aredit », leur département bande dessinée. Donc le gars, gentiment, me dit de foncer au Prisu...

Aussitôt dit aussitôt Prisunic et j’entre avec la liste de mes trous en main. Effectivement, il y avait un long présentoir avec des centaines de fascicules en vrac et ça valait 10 centimes le bout. J’y passais deux heures à tout trier par titre, à les ranger en pile pour m’y retrouver en comparant avec ma liste de «manquants» sous l’oeil intéressé du chef de rayon qui me retapissait à faire son boulot. Si ça se trouve, il aurait bien aimé m’engager ! Vous imaginez ? J’aurai pu faire carrière à Prisunic comme chef de rayon Artima... Le rêve quoi !
Bref... je trouvais les 4 kilos d’illustrés qui me manquaient, à l’état neuf. Malheureusement beaucoup portaient en couverture un tampon du style «Ne peut être vendu», tampon que pour les rééditions actuelles j’ai fait effacer par notre graphiste... qui me maudit encore...
Et c’est comme ça, en plus d’achats dans les salons spécialisés par la suite, que je me suis constitué la collection complète des productions Artima depuis 1953. Complète ou
presque puisqu’il me manque quelques numéros de Mystic, Hardy et Flash, des séries que nous rééditerons en leur temps et au complet.
Car collectionner, c’est bien si cela aboutit à un but final autre que de planquer ses trésors de papier et les lire sous les draps avec une torche électrique… Il faut partager, il faut montrer, aussi je décidai un jour de les republier pour faire découvrir, à une génération de boutonneux ne les ayant pas connus, ces petits bijoux.
Pour cela il m’a fallu attendre l’arrivée des ordinateurs démocratisés, des scanners enfin abordables — les premiers valaient le prix d’un immeuble ! —, d’outils informatique comme Photoshop, puis il m’a encore fallu attendre la naissance de l’imprimerie numérique, bref, j’ai patienté un demi-siècle avant que toutes les conditions soient réunies pour mon projet. C’était juste une question de patience… Mais la qualité du résultat dépasse mes espérances...
Que vous dire d’autre, sinon de bien vous régaler ?

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