ÉLOGE DE RIEN - DÉDIÉ À PERSONNE PRÉCÉDÉ D’UNE INTRODUCTION SUPERFLUE AVEC PRÉFACE, POSTFACE ET PAULOPOSTFACE NON MOINS INUTILES
EAN : 9782354982287 - Format 148x210 mm - 80 p. - Impression noire sur munken 135 g. ( Ed-05-2). Sortie : 2020. Ouvrage numérisé et réédité par nos soins. Imprimé sur un beau papier ivoire Munken, le livre a des cahiers cousus et il est relié avec une couverture rigide noire. Gage de qualité et de tenue dans le temps. Il en fallait pas moins pour ce petit rien.
1. Un texte satirique et philosophique
L’Éloge de Rien est une œuvre burlesque et paradoxale, qui joue avec les codes de la rhétorique classique pour célébrer… le néant. À travers une fausse apologie, l’auteur (attribué au sieur Coquelet, mais inspiré de Jean Passerat et de ses imitateurs) utilise l’ironie, le paradoxe et l’absurde pour :
- Détourner les conventions littéraires : Les éloges traditionnels (comme ceux de la Puce, de la Mouche ou de la Folie) magnifient des sujets insignifiants. Ici, le sujet est Rien lui-même, poussant l’exercice à son paroxysme.
- Critiquer la société : Le texte dénonce l’hypocrisie, la vanité des honneurs, la quête de reconnaissance, et la futilité des passions humaines. « C’est pour Rien qu’on dispute, qu’on plaide, qu’on se fait la guerre, qu’on se tue. »
- Explorer des thèmes métaphysiques : Rien y est présenté comme une entité quasi divine, omniprésente et intemporelle. « Rien est immense, incommensurable, et s’étend au-delà de toutes choses. » Le livre flirte avec des questions sur la création (ex nihilo), la relativité de l’existence, et même la théologie (« Rien est Dieu et diable »).
2. Style et procédés littéraires
- Paradoxe : « Rien est quelque chose de bien excellent. »
- Jeu de mots : « Rien de trop » (détournement de la maxime des Sept Sages).
- Accumulation : Énumération des choses qui viennent de Rien (le soleil, les princes, les vertus, etc.).
- Ironie sociale : « Dans toutes les misères du peuple, que voient les riches ? Rien. »
- Structure en miroir : Le livre est encadré par des préfaces, postfaces et dédicaces (à Personne), qui soulignent son caractère absurde et autodérision.
3. Postérité et modernité
- Précurseur de l’absurde : L’Éloge de Rien annonce des auteurs comme Alphonse Allais (avec ses Éloges de sujets insolites) ou les surréalistes, qui joueront avec le non-sens et la subversion des attentes.
- Une satire intemporelle : Sa critique des vanités humaines, de la quête de pouvoir ou de richesse, reste d’une actualité frappante.
- Un objet littéraire hybride : À la fois pamphlet, essai philosophique et exercice de style, le texte oscille entre humour et mélancolie.
Historique de L’Éloge de Rien
1. Origines et premières éditions
- Inspiration antique : Le texte s’inspire d’un poème latin du XVIe siècle, Nihil (Jean Passerat), déjà un éloge du néant. D’autres auteurs (Duverdier, un anonyme vénitien) avaient aussi « allongé » ce thème avant Coquelet.
- Première parution : 1730, à Paris, chez Antoine de Heuqueville, avec l’approbation des censeurs royaux. Trois éditions paraissent cette année-là, preuve d’un succès immédiat.
- Disparition temporaire : Après 1730, le texte tombe dans l’oubli pendant plus de 60 ans.
2. Résurgence révolutionnaire (1793–1795)
- Contexte politique : Réédité en 1793, en pleine Terreur. Robespierre et Saint-Just le qualifient de « livre frivole », mais il circule librement. Son ton léger contraste avec la gravité de l’époque.
- Popularité durable : En 1795, après la chute de Robespierre et la réaction thermidorienne, une nouvelle édition voit le jour. Le texte plaît car il incarne l’esprit français : malicieux, critique, et résistant à toute forme de dogmatisme.
- Symbolique : Rien devient une métaphore de la Révolution elle-même : un mouvement qui a tout bouleversé… pour aboutir à Rien de concret pour le peuple ?
3. XIXe siècle : Réédition et enrichissements
- 1861 : Éditions E. Dentu publient une version augmentée, avec :
- Une préface satirique signée A. et L. (membres fictifs de la « Société des nihilistes d’Europe »).
- Un Éloge de Quelque Chose (parodie symétrique, dédiée à Quelqu’un).
- Des notes érudites et des références à Buffon, Sainte-Beuve, ou Sieyès (dont la brochure « Qu’est-ce que le Tiers État ? Rien. » en 1789).
- Style : Le ton reste ironique et désinvolte, avec des clins d’œil aux débats littéraires et politiques du siècle.
4. XXe–XXIe siècles : Réhabilitation et rééditions
- Oubli relatif : Le texte sombre à nouveau dans l’oubli au XXe siècle, malgré son intérêt pour les historiens de la littérature ou les amateurs de littérature absurde.
- 2020 : Réédition par les Éditions Douin
- Contexte : Pendant le confinement d’avril 2020, Pascale Cormier (correctrice) relit et corrige le texte numérisé.
- Édition moderne : Enrichie d’une introduction, d’une postface, et d’une « paulo-post-face » (jeu de mots sur post-face), avec des références à Hoffmann, Aulu-Gelle, ou Clovis.
- Symbolique : La réédition coïncide avec une période où beaucoup ont eu l’impression de vivre « pour Rien », ce qui renforce l’actualité du texte.
5. Pourquoi ce livre fascine-t-il encore ?
- Un miroir de l’humanité : Rien y est à la fois tout et rien – une métaphore de nos contradictions.
- Un exercice de liberté : Écrire sur Rien, c’est se moquer des conventions, des pouvoirs, et même de la mort.
- Un pont entre les époques : De la censure royale à la Révolution, en passant par le romantisme et le confinement moderne, Rien traverse les siècles sans perdre de sa pertinence.
En résumé :
L’Éloge de Rien est bien plus qu’un simple canular littéraire. C’est une œuvre subversive, un manifeste de l’absurde avant l’heure, et un témoignage de l’esprit français – entre légèreté et profondeur, humour et désillusion. Son historique montre comment un texte frivole en apparence peut devenir, à travers les siècles, un symbole de résistance intellectuelle.
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